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Le design au service du pneu

Les enjeux du design ne sont pas nouveaux pour Michelin, nous sommes probablement l’une des rares grandes entreprises industrielles fondée par un ancien élève des beaux-arts (Edouard Michelin en 1889). Il est difficile de faire exprimer quelque chose à un objet noir et rond. C’est ce que nos équipes de design industriel s’emploient à faire et leur travail vient d’être récompensé au Japon, par un Good Design Award pour le MICHELIN Pilot Sport 4.

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3 questions à

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Anne-Laure Fraenkel

Industrial Design Team Manager

Pourquoi le design est-il important sur un pneu ?

Michelin crée des pneus premium, performants, innovants et adaptés à des usages très différents. Notre travail est de rendre cela immédiatement visible et compréhensible pour le client, presque intuitivement. Pour transmettre ces messages, nous pouvons jouer sur la forme générale du pneu, la sculpture de la bande de roulement l’aspect de la gomme, et « l’espace d’expression » que constituent les flancs. Par exemple, quand on dessine un pneu sport, nous l’inscrivons dans le langage formel de la compétition : formes dynamiques et racées de sculptures, pictogramme d’un drapeau à damier sur le flanc… Un pneu neige proposera des sculptures directionnelles avec des lamelles complexes pour la motricité neige et le grip. Un pneu tout-terrain aura des gros pains de gomme avec des arêtes vives évoquant des crampons pour l’usage off road. Pour signaler des innovations technologiques, nous utilisons soit des pictogrammes sur le flanc si ce sont des innovations internes au pneu (comme le « Intel Inside »), soit des astuces de formes et de textures pour les rendre tangibles. Enfin l’aspect premium passe par la qualité des finitions, en rendant les marquages techniques réglementaires des flancs du pneu plus harmonieux, par exemple.

Quelles sont les contraintes du design d’un pneu ?

La première est évidente : le design ne doit pas nuire à la performance ! Nous ne pouvons pas, par exemple, dessiner une sculpture  qui dégraderait le grip ou l’usure. Le taux de creux et de plein, ainsi que la disposition globale de la sculpture nous sont imposés par le concepteur. La seconde ligne-guide, ce sont les attentes de nos clients : c’est à nous de les rassurer sur les performances grâce à un design expressif et qualitatif. Nous savons par exemple que les clients préfèrent une teinte de gomme bien noire, pour que le pneu paraisse « en bonne santé » ! Nous pouvons donc jouer sur l’aspect de la gomme, et nous sommes également attentifs aux perceptions culturelles différentes : en Europe, un pneu de qualité est mat, alors qu’en Asie ou en Amérique, il sera plutôt brillant, lustré, avec un aspect « plastique ». 

Comment le design s’accommode de ces contraintes ?

Nous réalisons un travail de co-conception du pneu. Les ingénieurs arrivent avec un cahier des charges précis, nous les challengeons sur ce qu’il est possible de faire. Malgré les contraintes, nous gardons un champ de créativité très large. Et grâce à l’impression 3D métal, que nous utilisons de plus en plus pour réaliser nos moules, nous pouvons repousser les limites de ce qui est possible en matière de sculpture. Nous travaillons également sur des pistes très originales, comme l’effet velours sur les flancs, que nous appelons « Premium Touch Effect » et pour lequel nous avons déposé 27 brevets. Grâce à cette technologie, nous avons vu des gens venir spontanément toucher un pneu pour la première fois. Le principe du design est de toucher les sens, ce qui n’est vraiment pas évident avec un pneu. Grâce au velours, nous avons réussi à rajouter le toucher sur la liste ! C’est d’ailleurs, entre autres, ce que le Good Design Award a salué sur notre Pilot Sport 4 : un pneu sportif et premium pour l’œil, reposant pour les oreilles – ST signifiant Silent Tyre, et que l’on a envie de toucher.

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Le design pour résoudre le paradoxe du « psycho-grip »

Le design ne permet pas seulement de rendre un pneu plus expressif. Il peut parfois résoudre des contradictions entre la réalité physique et la perception du client. Par exemple, pour un pneu poids-lourd, la priorité c’est d’avoir un grip très important. Pour un ingénieur, l’objectif est donc de mettre le plus de surface de gomme possible en contact avec le sol et par conséquent de proposer des sculptures aux sillons et entailles plutôt fermés. Mais les chauffeurs sont plus sensibles à la motricité, liée dans leur esprit aux pneus à larges entailles transversales et gros blocs. En jouant sur l’aspect de la sculpture, le design permet de remplir le cahier des charges de l’ingénieur tout en obtenant l’acceptation de l’utilisateur.